Il existe une heure que presque personne n’habite vraiment

par yannickcostechareyre
Réflexions

La première heure du matin est un territoire.

On le traverse chaque jour.
Le plus souvent sans le voir.

On se lève déjà en retard sur soi-même.
L’écran parle avant nous.
La journée commence sans qu’on y soit entré.


Un seuil, pas un couloir

Le matin n’est pas un couloir à franchir pour rejoindre la « vraie » journée.

C’est un seuil.
Un passage entre deux mondes.
Celui du sommeil, celui de l’agir.

Y entrer trop vite, c’est arriver quelque part sans être parti.


Ce que l’on traverse sans le voir

La lumière, à cette heure, n’a pas encore choisi sa couleur.
Les bruits sont rares, et chacun compte.
Le corps est lent, mais l’esprit est étrangement clair.

C’est le moment où l’on pourrait décider qui l’on sera aujourd’hui.

Avant que les autres ne le décident pour nous.


Ralentir la traversée

Habiter la première heure ne demande pas de se lever plus tôt.
Seulement de ne pas la franchir en courant.

Quelques minutes suffisent :

– un café que l’on regarde fumer
– une fenêtre, longtemps
– le silence avant le bruit
– une seule chose, faite lentement


Le voyage commence ici

Le voyage, parfois, ne commence pas à l’aéroport.

Il commence ici.
Dans ce territoire minuscule que l’on traverse trop vite.

Et qui, pourtant, donne sa couleur à tout le reste.